Stockage d’électricité : à la recherche du bon modèle économique

Stockage d’électricité : à la recherche du bon modèle économique

Le stockage d’électricité semble promis à un bel avenir parallèlement au développement des énergies renouvelables électriques. Encore faut-il réussir à élaborer des modèles économiques viables. Faut-il pour cela faire appel à la réglementation ? Et quelles rémunérations prévoir pour tenir compte des différents services apportés ?

Développement des énergies renouvelables oblige, « tout le monde est d’accord sur un point : le stockage d’électricité jouera un rôle important à l’avenir », a constaté fin septembre Martin Chelminski, d’E.On Deutschland, lors d’un colloque consacré au stockage d’énergies par l’ATEE (Association Technique Énergie Environnement).
Si l’on compte aujourd’hui 140 GW de systèmes de stockage installés à travers le monde (pour l’essentiel des STEP ou Stations de transfert d’énergie par pompage), cette capacité pourrait être multipliée par quatre à quinze d’ici à 2040 en fonction des scénarios envisagés, a indiqué Louis-Marie Jacquelin, directeur du développement de l’activité innovation de la société de conseil ENEA Consulting.
De quoi, donc, offrir des opportunités d’affaires aux acteurs de l’énergie et notamment aux entreprises françaises, puisque comme l’a affirmé Jean-Marie Bemtgen, chargé de projet, technologies énergétiques et coordination recherche à la direction générale Énergie de la Commission européenne, « la France est l’un des leaders mondiaux du stockage même si elle n’en a pas conscience ».

Reste un problème de taille : « le marché du stockage, aujourd’hui, ne fonctionne pas seul », a souligné Jean-Philippe Roudil, directeur du département économie et prospective de RTE.
D’ailleurs, même les professionnels du stockage de longue date que sont les Suisses, grâce à leurs STEP, font grise mine car les conditions économiques d’exploitation de ces installations se dégradent, a relevé Patrice Bruel, délégué aux régulations chez EDF. En cause : la crise économique mais aussi le développement du photovoltaïque en Allemagne, qui « efface » de la production hydroélectrique, notamment en Suisse.

Solutions

Quelles solutions envisager pour permettre le développement du marché, alors même que certains jugent qu’il n’existe pour l’heure aucun modèle de rentabilité des installations de stockage en Europe ? Les avis diffèrent. Pour certains, la réglementation peut servir de tremplin. Elle « peut aider à faire émerger les business models du stockage », a estimé Jean-Philippe Roudil. Une opinion partagée par Louis-Marie Jacquelin, d’ENEA Consulting. Selon lui, la filière française a besoin de soutien pour pouvoir démarrer rapidement, soutien que pourrait lui apporter une réglementation adaptée. « Il y a énormément d’atouts en France [dans le stockage], une dynamique qui se crée ; il faut réussir à concrétiser », a-t-il souligné.

Mais pour d’autres, la réglementation n’est pas la solution au problème, bien au contraire. « Avant de réglementer, il faut d’abord que les solutions les plus performantes émergent », a affirmé Patrice Bruel, délégué aux régulations chez EDF. Des expérimentations sont justement en cours pour évaluer les solutions de stockage à la fois sur les plans économique, technologique et industriel. « Il est très dur de concevoir une réglementation ex nihilo. C’est en s’appuyant sur des réalisations que l’on peut avancer », a confirmé Daniel Clément, directeur de programme de l’Ademe.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie accompagne d’ailleurs la réalisation de projets. Sur les 28 AMI (Appels à manifestation d’intérêt) qu’elle a lancés ces deux dernières années, 17 ont comporté un volet « stockage », conduisant à retenir au final 81 projets (sur les 249 reçus).
« Le stockage a pris une place significative dans la R&D sur l’énergie », a constaté Daniel Clément.

 Initiatives

Parmi les initiatives en cours : l’appel d’offres lancé par l’Ademe pour la réalisation de l’étude PEPS sur le potentiel du stockage d’énergies. Le marché devrait être attribué d’ici à la fin de l’année en vue d’une restitution à l’été 2013, a précisé Daniel Clément. L’étude, qui portera sur les échelles tant française qu’européenne, visera à faire des projections aux horizons 2015, 2020 et 2030 selon différents scénarios.
Parmi les grandes questions posées par le marché du stockage : quelle rémunération fixer ? Sachant que les services rendus vont bien au-delà des seules capacités des installations. « Il ne faut pas rémunérer uniquement les kWh mais aussi les services » (par exemple la vitesse à laquelle une installation peut approvisionner le réseau en cas de besoin), a averti Jean-Marie Bemtgen.)

 L’exemple américain

Les États-Unis pourront peut-être servir de source d’inspiration de ce côté-ci de l’Atlantique. « Les Américains ont décidé au niveau fédéral d’appliquer une rémunération améliorée pour les systèmes plus rapides, puisqu’ils rendent un meilleur service au réseau », a expliqué Michael Salomon, gérant de la société de conseil Clean Horizon Consulting, spécialisée dans le stockage d’énergies(1). Dès ce mois d’octobre, le plus important GRT américain, PJM (Pennsylvanie, New Jersey et Maryland) « va révolutionner la manière dont on rémunère les services système », s’est-il enthousiasmé.

Autre nécessité pour développer le marché du stockage dans l’UE : « il faut pouvoir vendre les services à travers les frontières. Or c’est aujourd’hui impossible », a regretté Jean-Marie Bemtgen. À ce titre, le représentant de la DG Énergie de Bruxelles a plaidé pour la création dans les Alpes d’une alliance dans le stockage qui regrouperait les cinq pays concernés (France, Italie, Suisse, Allemagne, Autriche), ce qui, selon lui, « pourrait doubler la valeur des stockages existants » dans le massif montagneux. La Suisse, l’Allemagne et l’Autriche ont certes signé cette année une déclaration trilatérale pour travailler ensemble dans ce domaine mais il y manque donc les deux autres nations.

Reste encore un problème de taille : « comment la communauté du stockage peut-elle éduquer ses clients ? » s’est interrogé Michael Salomon. Car pour l’heure, selon lui, ils ne savent pas vraiment ce dont il est question…

(1) Clean Horizon Consulting a publié au mois de septembre une étude comparant les modèles de rentabilité du stockage stationnaire d’électricité dans plusieurs pays européens (France, Italie, Espagne, Allemagne, Royaume-Uni) et analysant les réglementations en matière de stockage en Europe et aux États-Unis. Cette étude de 170 pages est disponible à la vente sur son site internet.

Source : Le Moniteur.fr
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