Le mystère Solairedirect

Le mystère Solairedirect

Comment font-ils pour monter des projets de centrales photovoltaïques avec un tarif d’achat à 10,8 centimes d’euro le kWh en France, tarif en dessous du prix payé par le consommateur ? Comment font-ils pour gagner des projets en Inde face à des concurrents internationaux ? Comment font-ils pour attirer les investisseurs et les financiers en cette période de resserrement du crédit avec d’ores et déjà plus de 500 millions d’euros levés ? Autant d’interrogations soulevées par les annonces successives des responsables de la société Solairedirect qui n’en finissent pas d’intriguer les professionnels du secteur. La rédaction de Plein Soleil lève un coin de voile !

Début décembre 2011, Solairedirect annonce dans le cadre du dispositif Ester (Electricité solaire des Territoires) la future mise en service de centrales solaire pour une puissance cumulée de 60 MW entre 2012 et 2015 en Poitou-Charentes. Cette initiative est le fruit d’un partenariat avec la Région et Sorégies, une Entreprise Locale de Distribution (ELD) d’électricité. Pour ce faire, une Société d’Economie Mixte est créée entre Solaire Direct et la Région. Quelques jours plus tard, un Contrat de Vente d’Electricité Solaire similaire est également signé toujours pour 60 MW avec une autre ELD cette fois, toujours dans la Région Poitou-Charentes instigatrice en 2011 d’un fonds de résistance photovoltaïque pour faire face aux désengagements du gouvernement. Ces partenariats sont l’émanation d’une approche environnementale plus globale du territoire autour de schémas d’aménagement dans une logique d’intérêt général. « Si d’aucuns y voient des subventions déguisées à l’énergie solaire, ils se trompent complètement. La Région ne subventionne rien. Elle place juste 500 000 euros dans la SEM pour faire levier, pour s’approprier une petite part d’électricité renouvelable, un bien de service public comme on le ferait avec l’eau. Ce partenariat est qui plus est réalisé autour d’un consensus politique, gauche et droite confondues. Un symbole fort » se réjouit Thierry Lepercq, l’emblématique PDG de Solairedirect.

Un tarif jugé irréaliste

Si cette question d’argent et de subventions revient sans cesse alimenter les débats, c’est que Solairedirect a présenté le business modèle de ces opérations nanti d’un tarif d’achat, comment dire, plus que compétitif, voir même, pour beaucoup tout simplement irréaliste. Solairedirect annonce ainsi avoir passé un contrat de vente de son électricité solaire au tarif de 108 euro le MWh produit, soit un tarif d’ores et déjà inférieur au prix payé par les particuliers en France pour leur électricité (120 euros/MWh). Pourquoi 108 euros ? Il s’agira tout simplement du tarif réglementaire en vigueur pour les centrales au sol pour le deuxième trimestre 2012. Comment un tel montage est-il possible ? Thierry Lepercq met en avant trois éléments que lui et ses équipes ont minutieusement calculés, bichonnés, analysés : Le prix de vente, le coût d’investissement et le coût du financement, le coût d’exploitation étant jugé négligeable. Déjà, pour le prix de vente fixé à 108 euros le MWh, la référence pour l’étalonner se situe plutôt sur le marché de gros dont le prix moyen est aujourd’hui fixé aux alentours de 60 euros le MWh. « De plus, notre prix de vente ne sera pas de 108 euros sur vingt ans. Nous sommes dans l’anticipation. Ce tarif basculera sur le prix du marché de gros lorsque celui-ci dépassera les 108 euros. D’après nos projections et des hausses comprises entre 4 et 5% par an du tarif du marché de gros au vu de la flambée des matières premières (bois, charbon) mais aussi du coût faramineux des EPR, le croisement des courbes s’effectuera dans douze ans environ » précise Thierry Lepercq. Après, le prix du MWh suivra celui du marché.

L’heure est à la revalorisation de l’actif

En fait, sur un contrat de trente ans avec extension de huit ans, le tarif moyen de vente de l’électricité solaire par Solairedirect devrait plutôt se situer aux alentours des 150 euros le MWh. Il s’agit d’un mécanisme hybride de la facturation. Pendant douze ans, Solaire Direct facturera la différence entre 108 euros le MWh et le prix du marché de gros avant de s’aligner sur le marché. «On s’affranchit de l’Etat autour d’une structuration saine et durable du contrat » s’enthousiasme le volubile PDG. Cette nouvelle approche contractuelle induit alors une perception différente des installations. A 320 euros le MWh, le contrat prévalait. Dans cette nouvelle logique, l’actif reprend de la valeur car il devient un élément de rareté un peu comme un bâtiment bien placé. « On s’éloigne de la philosophie du solaire jetable avec démantèlement à la clé. La valeur cachée se situe post-contrat à horizon de plusieurs dizaines d’années » poursuit Thierry Lepercq. Mais quid alors des panneaux et de leur durée de vie ? Là encore, la réponse fuse : « Nous allons « repanéliser » les centrales comme l’on fait du repowering dans l’éolien. Nous allons provisionner le remplacement des modules pour dans quinze ou vingt ans. Avec quelques certitudes sur l’accroissement des rendements des cellules qui devrait gagner 50% dans l’intervalle au vu des rendements déjà obtenus en laboratoire. En écho à la loi de Moore ! Nous remplacerons ainsi 10 MW par 15 MW. Une façon de magnifier l’actif qui devient prépondérant dans l’histoire ».

Installation à 1 euro le Wc en 2014

Le deuxième levier sur lequel s’appuie Solairedirect repose sur son expérience des installations livrées clé en main au sein d’un modèle intégré (financement,ingénierie, construction, exploitation) économe et frugal. Petit rappel ! En 2008, Solairedirect a construit un parc de 4,2 MW à Vinon-sur-Verdon dans le Var à 4,50 euro le W avec des panneaux cristallins alors que le tarif était de 320 euros le MWh. A l’époque et sur la base de ces tarifs, les autres opérateurs ne s’attaquaient à la construction de centrales au sol qu’avec des couches minces. Dès ses premiers projets, Solairedirect a tenu, par-dessus tout, à éviter l’éparpillement tous azimuts des marges, son ADN. « Pendant quatre ans, l’industrie du photovoltaïque a été très riche, dopée par les tarifs d’achat européen qui permettaient de dégager des marges brutes très (trop) généreuses. Solairedirect a toujours lutté contre cela et essayé de faire le maximum avec peu » analyse Thierry Lepercq. Résultats de ces efforts d’optimisation : Solairedirect est aujourd’hui capable de construire une centrale solaire au sol pour 1,30 euro le Wc en France avec un objectif de 1,15 euro tous compris le Wc à fin 2012 et 1 euro le Wc en 2014. Des baisses de coûts qui, soit-dit en passant, permettent aujourd’hui d’installer des centrales dans une région comme le Poitou-Charentes ! Il faut dire aussi qu’avec 120 MW installés depuis 2008 et 70 MW uniquement l’an dernier, Solairedirect représente une force de négociation qui donne accès à des prix intéressants. Pour atteindre ces coûts modiques, le staff de Solaire Direct fait le pari de panneaux dont le prix serait compris entre 0,45 et 0,55 le Wc. Une fourchette très basse due à l’effondrement des wafers (0,25 dollar début 2012) pour cause de surproduction de silicium qui a perdu 60% ces douze derniers mois et qui devrait continuer à baisser. « Il sera plus difficile de voir baisser rapidement ce que l’on appelle le Balance Of System (BOS) qui englobe les onduleurs, le câblage, les structures, le génie civil. Les acteurs de ces secteurs d’activités plus concentrés tardent à baisser les prix. Il va falloir passer de 0,60 euro à 0,40 euro au Wc. Il existe encore de grosses marges sur les onduleurs. Nous avons aujourd’hui des contrats de fournitures de 35 MW sur ses bases, et croyez-moi, nos marges sont très respectables pour nos actionnaires » confirme Thierry Lepercq.

500 millions d’euros levés

Et justement à l’évocation des actionnaires, le temps est venu d’aborder le coût du financement, troisième pieds du tabouret qui assure la stabilité du modèle Solairedirect. La société vient de réaliser juste avant les fêtes le closing définitif d’un tour de table sur des projets en cours ou en finalisation de construction. Elle vient ainsi de lever 115 millions d’euros auprès d’établissements français, de fonds de pension néerlandais et de banques allemandes. Au total et depuis la genèse, la société Solairedirect aura levé près de 500 millions d’euros (Caisse des Dépôts, mutuelles, fonds de retraite) pour réaliser ses projets dont elle est à la fois co-actionnaire et prestataire. « On me dit que nous sommes juge et partie. Mais c’est finalement le meilleur moyen de nous assurer dans la durée que les installations produisent. Cela renforce encore le profil d’actif à risque limité de nos centrales photovoltaïques. Nous avons une stratégie assez paysanne et sommes d’une extrême transparence. Vous savez, depuis quatre ans nous levons des fonds auprès d’organismes qui ont une très forte aversion aux risques. Par notre travail, nos tableaux de rating et de reporting avec maintenant quatre à cinq ans de recul, nous avons su nous construire une réputation et une image de marque qui apportent de la confiance. Un tel processus financier fiable se construit million levé après million levé. La seule chose que nous ne maîtrisons pas, c’est l’ensoleillement. Et encore, nous avons installé nos centrales sur des spots réputés pour leur potentiel Nous sommes aujourd’hui en mesure de lever des fonds pour concrétiser nos nouveaux projets» analyse Thierry Lepercq. Pour Solairedirect, le coût moyen pondéré du capital plus la dette bancaire s’élève à 6%, et parfois un peu au-dessus, sur les 500 millions levés. Des placements sagement rémunérateurs mais des placements sûrs et raisonnés !

150 MW sur le modèle du contrat de vente

Contrat de vente indexé à la hausse incontournable de l’énergie, installation à coût réduit grâce au modèle intégré et financement optimisé, Solairedirect tient donc là sa panacée pour réussir là ou d’autres se cassent les dents. « Nous allons lancer 150 MW de projets en 2012 sur ce modèle de contrat de vente sur la France » annonce le PDG de Solairedirect. Sans oublier non plus de répondre aux appels d’offres pour une puissance d’un peu plus de 50 MW, appels d’offres pour lesquels Thierry Lepercq s’avoue sceptique. Il évoque leur réussite incertaine mais surtout il se dit surpris de voir que certains industriels sont en attente de tarifs élevés. « Est-ce le moment de gaspiller ainsi l’argent public ? Il n’y a qu’en France qu’on lance des appels d’offres, centralisés, quasi militarisés, pour parvenir à un tarif supérieur au tarif existant. Du jamais vu ! » déplore-t-il, lui qui vient de gagner un « vrai » appel d’offres en Inde, un pays où l’on lance de telles procédures « pour obtenir de bons prix et où l’on s’octroie les services du moins disant, dans le strict respect du cahier des charges ». Cela s’est passé début décembre, dans une grande salle de la Mission Solaire nationale du gouvernement indien, façon les Oscars à Hollywood en présence des responsables de la trentaine de sociétés retenues. « Sur un grand écran et devant des caméras, les enveloppes ont été ouvertes et s’est alors affiché l’offre de tarif du gagnant : 7,49 roupies par kWh soit environ 110 euros le MWh. C’était nous. Il y eu un grand oh ! dans la salle » s’enthousiasme Thierry Lepercq. Un grand oh ! d’étonnement aussi face à l’agressivité de ce tarif proposé par cette société française inconnue. Il faut dire que le tarif moyen de toutes les offres était de 8,78 roupies.

Un modèle empreint de frugalité

« Sur la base de notre modèle empreint de frugalité et éprouvé en France, nous allons gagner de l’argent sur ce projet indien (5 MW dans le Rajasthan). Nous n’avons pas cassé les prix » assure le PDG. Il n’y a donc pas qu’en France que Solairedirect pose question. A tel point que la presse indienne a fait ses gros titres sur la menace que représente une telle société pour l’industrie du groupe électrogène indien (50 GW). En Inde les groupes électrogènes pullulent jusqu’à poser des problèmes de santé publique. A l’opposé, le solaire est une énergie propre et surtout, il revient deux fois moins cher. Le solaire en Inde dispose d’un énorme potentiel avec pour l’heure plus de trois cents millions de personnes non raccordées. « Dans trois ou quatre ans, l’Inde sera probablement le deuxième marché mondial du solaire derrière la Chine et notre groupe sera plus indien que français avec davantage de personnel et de chiffre d’affaires en Inde qu’en France ! » se lance même Thierry Lepercq conquis par ce pays en pleine mutation. En tous les cas pour 2012, de la Région Poitou-Charentes aux plaines du Rajasthan, Solairedirect devrait connaître une très forte croissance. Aujourd’hui, de nombreux développeurs passent la porte de Solairedirect pour travailler de concert avec un groupe qui n’en finit pas de surprendre et qui revendique de faire du solaire une énergie de plein exercice qui doit sortir du ghetto, notamment en France. « Nous devons faire du solaire un objectif national pour transformer la politique énergétique du pays. Le monde a changé. Nos élites ont du mal à ouvrir les yeux, de passer d’un modèle à l’autre. Le boulot est monumental pour répondre à tous les besoins » dit-il en guise de conclusion. Avec dans le coin de la tête un scénario à 100 GW de solaire en 2030 en France ! Comme une nouvelle provocation.

Le modèle très puissant des circuits courts pour les territoires

En Région Poitou-Charentes, Solairedirect va mettre en pratique le concept de circuit court en matière d’énergie. On connaît le circuit court, prôné par les « locavores », dans l’alimentaire notamment, « locavores » qui ne mangent que des produits locaux. En matière d’énergie solaire, c’est un peu pareil. Un consommateur achète son électricité propre à une Entreprise Locale de Distribution (ELD) qui se fournit elle-même auprès d’une ferme solaire de proximité. Lorsque le nombre de consommateurs augmente, les volumes négociés deviennent de plus en plus importants. Avec à la clé la création d’un outil industriel local et donc des débouchés pour l’emploi. A partir de 120 MW de débouchés par an sur cinq ans soit 600 MW de visibilité, Solairedirect envisage la construction d’une usine intégrée avec l’embauche d’une centaine de salariés. « Dans un modèle régional où les réseaux intelligents, les voitures électriques et les bâtiments à énergie positive s’entrecroiseraient. Les mutuelles, très présentes en Poitou-Charentes, pourraient abonder en termes d’épargne locale dans un système auto-porté et tout cela à prix de marché. Un territoire à énergie positive où les populations se prennent en main et retrouvent de la fierté » projette Thierry Lepercq qui étudie déjà attentivement les régions Auvergne et PACA pour dupliquer ce modèle puissant de circuits courts.

Source : Tecsol
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